Ce que deviennent les premiers rendez-vous
En janvier 2020, l'Ifop a interrogé pour Facebook Rencontres un échantillon représentatif de 1 694 personnes âgées de 18 à 69 ans[1]. Parmi celles qui étaient déjà passées par un site ou une application de rencontre, 59 % avaient déjà rencontré en vrai une personne connue de cette façon : 57 % des hommes et 62 % des femmes. Le rendez-vous en face à face est donc l'issue la plus courante d'une inscription, bien plus qu'une exception.
L'enquête a ensuite demandé à ces personnes ce qui était né de ces rencontres.
- de s'engager dans une relation amoureuse64 %
- d'avoir une aventure purement sexuelle58 %
- de ne nouer aucune relation12 %
Le total dépasse 100 % parce que beaucoup ont connu les deux. Près de deux personnes sur trois qui ont eu des rendez-vous issus d'un site ont donc vécu au moins une histoire d'amour par ce biais. Les écarts entre les sexes sont marqués : 68 % des femmes concernées ont déjà vécu une relation amoureuse née en ligne, contre 62 % des hommes, et 46 % une aventure purement sexuelle, contre 67 % des hommes. Un premier rendez-vous peut mener à tout, et c'est justement pour cela qu'il gagne à être préparé.
Combien de couples se forment ainsi
Dans la même enquête, 9 % des personnes en couple disaient avoir rencontré leur partenaire sur Internet : 5 % sur un site ou une appli de rencontre, 4 % ailleurs en ligne. La proportion grimpe à 21 % chez les couples formés depuis moins d'un an. Le travail et les études (27 %) et les soirées entre amis ou en famille (24 %) restent les premiers lieux de rencontre, mais l'écart se resserre chez les couples les plus récents.
L'ordre de grandeur est solide : à partir de l'enquête EPIC de l'INED et de l'Insee, Marie Bergström, sociologue à l'INED, estimait déjà qu'environ 9 % des couples formés depuis le milieu des années 2000 s'étaient rencontrés sur un site[2]. Aux États-Unis, le mouvement est allé plus loin : 39 % des couples hétérosexuels formés en 2017 s'étaient connus en ligne, devenu le premier mode de rencontre devant les amis[3]. Le Pew Research Center compte 10 % des Américains en couple qui ont rencontré leur partenaire sur un site ou une appli, et 20 % chez les moins de 30 ans[4].
Et ces couples, durent-ils ?
C'est la crainte la plus répandue : qu'une histoire née sur une appli, au milieu de tant d'autres profils, soit plus fragile. Les données disponibles disent plutôt l'inverse. En suivant des couples américains sur plusieurs années, Michael Rosenfeld, sociologue à l'université Stanford, n'a trouvé aucun surcroît de ruptures chez ceux qui s'étaient rencontrés en ligne, et a observé que les couples hétérosexuels nés sur un site de rencontre se mariaient plus vite[5].
Une étude publiée en 2013 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, menée sur 19 131 Américains mariés entre 2005 et 2012, allait dans le même sens : 5,96 % de séparations chez ceux qui s'étaient connus en ligne, contre 7,67 % chez les autres, et une satisfaction conjugale légèrement plus élevée[6]. Les écarts sont faibles, et l'enquête avait été commandée par eHarmony, un site de rencontre : elle se lit avec prudence. En Suisse, enfin, une étude de Gina Potarca, de l'université de Genève, a montré que les couples formés via une application affichaient des intentions de vie commune plus fortes que ceux rencontrés hors ligne[7]. Rien, dans ces travaux, ne permet de dire qu'un couple né en ligne part avec un handicap.
Quand proposer de se voir
Faut-il échanger longtemps avant de se rencontrer, pour être sûr de soi ? La recherche répond plutôt non. En 2015, une équipe de chercheurs en communication a interrogé 433 utilisateurs de sites de rencontre sur la durée de leurs échanges avant le premier rendez-vous, puis sur la façon dont ce rendez-vous s'était passé[8]. Les impressions s'amélioraient avec un peu d'échanges préalables, puis se dégradaient quand la phase écrite s'étirait. Le point de bascule se situait entre 17 et 23 jours d'échanges.
L'explication tient à l'idéalisation. À l'écrit, chacun choisit ses mots, se relit et comble les blancs avec son imagination. Plus cette phase dure, plus l'image que l'on se fait de l'autre s'éloigne de la personne réelle, et plus la rencontre risque de décevoir. Deux à trois semaines de conversation suivie suffisent en général pour savoir si l'on a envie de se voir.
Ce que les messages annoncent déjà
Une autre étude a suivi 186 utilisateurs d'un site de rencontre, interrogés avant leur premier rendez-vous puis, pour 94 d'entre eux, après l'avoir vécu, en analysant les messages réellement échangés[9]. Ses auteurs ont constaté que la réussite du rendez-vous se lisait en partie dans la conversation écrite qui l'avait précédé. Une conversation où chacun s'intéresse à l'autre et pose de vraies questions prépare mieux la rencontre qu'un échange de banalités, quelle que soit sa durée. Les principes du premier message valent pour toute la suite de la conversation.
Proposer simplement
Une proposition concrète est plus facile à accepter qu'un vague « on se voit un de ces jours ? ». Reprenez un sujet dont vous avez parlé, proposez un lieu public et deux créneaux au choix : l'autre peut dire oui sans avoir à tout organiser.
J'ai adoré tes histoires de Lisbonne, j'ai l'impression qu'il en reste plein à raconter. Ça te dirait de continuer autour d'un café ? Je connais un endroit calme près de la place du marché. Jeudi vers 18 h ou samedi en fin de matinée, comme tu préfères.
Un appel ou une visio avant, si vous hésitez
Un court appel vidéo permet de vérifier que la personne correspond à ses photos et que le courant passe à l'oral. C'est aussi un bon réflexe face aux faux profils : quelqu'un qui repousse sans cesse l'appel, la visio et le rendez-vous mérite de la méfiance. Une étude publiée en 2026 par une équipe de psychologues américains apporte une nuance utile : leurs participants imaginaient un rendez-vous en personne nettement plus agréable qu'un rendez-vous en visio, alors que les deux formats se sont révélés comparables à l'usage[10]. La visio n'est donc pas un pis-aller : c'est une vraie première rencontre, plus légère à organiser.
Le lieu, la durée, la conversation

Un format court, qu'on peut prolonger
Le meilleur premier rendez-vous est celui dont on peut partir au bout d'une heure sans gêne, et qu'on peut prolonger si tout va bien. Un café en fin d'après-midi, un verre en terrasse, une balade dans un parc ou une exposition remplissent ces conditions. Le dîner au restaurant, à l'inverse, impose deux heures de tête-à-tête à quelqu'un que l'on connaît à peine. Le cinéma empêche de parler, ce qui est précisément le but de la rencontre.
Choisissez un endroit que vous connaissez, facile d'accès pour les deux, assez calme pour s'entendre. Une activité légère, comme une expo, un marché ou une promenade, offre des sujets de conversation tout prêts et soulage les silences.
Parler de ce que l'on cherche
Beaucoup évitent le sujet de peur de paraître trop sérieux. Liesel Sharabi et Tiffany Dykstra-DeVette ont pourtant observé, en analysant les messages de 105 utilisateurs de sites de rencontre avant leur premier rendez-vous, que ceux qui avaient évoqué ce qu'ils recherchaient chez un partenaire envisageaient plus souvent un deuxième rendez-vous[11]. Sans transformer la rencontre en entretien, dire simplement si vous cherchez une histoire durable ou si vous préférez voir venir évite les malentendus des semaines suivantes.
Votre liste de critères en dit moins que la rencontre
Une expérience menée en 2008 par les psychologues Paul Eastwick et Eli Finkel a marqué la recherche sur l'attirance. Avant une session de speed dating, des étudiants décrivaient leur partenaire idéal. Ces préférences déclarées n'ont pas permis de prédire qui les avait réellement attirés pendant la soirée[12]. Autrement dit, on sait mal, à l'avance, ce qui nous plaira chez quelqu'un. Un profil qui ne coche pas toutes vos cases peut réserver une vraie surprise en face à face. Abordez le rendez-vous avec curiosité plutôt qu'avec une grille d'évaluation.
Rester en sécurité sans gâcher la rencontre
Les mauvaises expériences existent, et elles sont mieux documentées qu'on ne le croit. L'enquête la plus détaillée sur le sujet vient des États-Unis : en juillet 2022, le Pew Research Center a interrogé 6 034 adultes[4]. Parmi les utilisateurs de sites et d'applis, 48 % disaient avoir subi au moins un comportement indésirable : messages sexuels non sollicités, insistance après un refus, insultes ou menaces. Chez les femmes de moins de 50 ans, la proportion atteint 66 %, et 11 % avaient été menacées de violences physiques. Par ailleurs, 52 % des utilisateurs pensaient être déjà tombés sur un escroc. Quelques réflexes simples réduisent ces risques sans abîmer la rencontre.
Si vous vous sentez en danger dans un bar ou un restaurant, de nombreux établissements affichent l'autocollant « Demandez Angela ». Le dispositif, déployé en France depuis 2020, permet de demander « Angela » au personnel pour être mis à l'abri, appeler un proche, un taxi ou les secours[13]. En cas d'urgence, composez le 17 ou le 112, ou envoyez un SMS au 114 si vous ne pouvez pas parler. Le 3919, gratuit et anonyme, écoute les femmes victimes de violences.
Après le rendez-vous

Un message le lendemain, ou le soir même
Inutile d'attendre trois jours pour paraître détaché. Si vous avez passé un bon moment, dites-le simplement, en reprenant un détail de la soirée, et proposez une suite si vous en avez envie. Un deuxième rendez-vous un peu plus long, ou une activité choisie ensemble, permet de vérifier que l'impression du premier tient.
Si l'étincelle n'est pas venue
Disparaître sans un mot porte même un nom : le ghosting. Un message bref et sincère coûte peu et laisse une bien meilleure impression, à l'autre comme à vous-même.
Merci pour hier, j'ai passé un moment agréable. Je préfère être honnête avec toi : je n'ai pas ressenti ce qu'il faut pour aller plus loin. Je te souhaite de trouver ce que tu cherches.
Les signaux à garder en tête
Un enthousiasme débordant dès le lendemain, des déclarations précoces et une pression pour vous revoir très vite peuvent relever du love bombing. À l'inverse, des messages qui arrivent au compte-gouttes sans jamais déboucher sur un nouveau rendez-vous ressemblent à du breadcrumbing. Dans les deux cas, fiez-vous aux actes plus qu'aux mots. Et si vous cherchez une relation durable, le choix de la plateforme compte aussi : notre comparatif des sites pour une relation sérieuse présente les plateformes pensées pour les histoires qui durent.
Sources
- Étude Ifop pour Facebook Rencontres réalisée par téléphone et par questionnaire auto-administré en ligne du 17 au 21 janvier 2020 et du 15 au 16 octobre 2020 auprès d'un échantillon de 1 694 personnes, représentatif de la population âgée de 18 à 69 ans résidant en France métropolitaine. Les chiffres cités ici sont ceux de la vague de janvier 2020. ifop.com.
- Marie Bergström, « Sites de rencontres : qui les utilise en France ? Qui y trouve son conjoint ? », Population et Sociétés, n° 530, INED, février 2016, d'après l'enquête Étude des parcours individuels et conjugaux (EPIC), INED-Insee, 2013-2014. cairn.info.
- Michael J. Rosenfeld, Reuben J. Thomas et Sonia Hausen, « Disintermediating your friends: How online dating in the United States displaces other ways of meeting », PNAS, vol. 116, n° 36, 2019, p. 17753-17758. ncbi.nlm.nih.gov.
- Pew Research Center, « From Looking for Love to Swiping the Field: Online Dating in the U.S. », février 2023, enquête menée du 5 au 17 juillet 2022 auprès de 6 034 adultes américains. pewresearch.org.
- Michael J. Rosenfeld, « Marriage, Choice, and Couplehood in the Age of the Internet », Sociological Science, vol. 4, 2017, p. 490-510. sociologicalscience.com.
- John T. Cacioppo et al., « Marital satisfaction and break-ups differ across on-line and off-line meeting venues », PNAS, vol. 110, n° 25, 2013. Enquête commandée par eHarmony. ncbi.nlm.nih.gov.
- Gina Potarca, « The demography of swiping right. An overview of couples who met through dating apps in Switzerland », PLOS ONE, vol. 15, n° 12, 2020. ncbi.nlm.nih.gov.
- Artemio Ramirez, Erin M. (Bryant) Sumner, Christina Fleuriet et Megan Cole, « When online dating partners meet offline: The effect of modality switching on relational communication between online daters », Journal of Computer-Mediated Communication, vol. 20, n° 1, 2015, p. 99-114. academic.oup.com.
- Liesel L. Sharabi et John P. Caughlin, « What predicts first date success? A longitudinal study of modality switching in online dating », Personal Relationships, vol. 24, n° 2, 2017, p. 370-391.
- Elina Moreno, Eli J. Finkel, Kellie Ammerman et Paul W. Eastwick, « In-Person and Virtual Dates are Comparable, But People Don't Know It », Personality and Social Psychology Bulletin, 2026. journals.sagepub.com.
- Liesel L. Sharabi et Tiffany A. Dykstra-DeVette, « From first email to first date: Strategies for initiating relationships in online dating », Journal of Social and Personal Relationships, 2019. journals.sagepub.com.
- Paul W. Eastwick et Eli J. Finkel, « Sex differences in mate preferences revisited: Do people know what they initially desire in a romantic partner? », Journal of Personality and Social Psychology, vol. 94, n° 2, 2008, p. 245-264.
- Dispositif « Demandez Angela », charte d'engagement des établissements, arretonslesviolences.gouv.fr.



